Category Archives: Ουιλσόν Ζορζ [Georges Wilson]

Georges Wilson, adieu à une légende

Georges Wilson vient de mourir. Avant de lui rendre hommage dans les colonnes du Figaro et plus longuement sur ce blog, voici le texte bref publié en septembre dernier alors qu’il mettait en scène et jouait, magnifique, Simplement compliqué de Thomas Bernhard aux Bouffes du Nord. Il avait 88 ans.

Il existe une photographie à laquelle on ne peut s’interdire de penser en retrouvant Georges Wilson aux Bouffes du Nord. Il a huit ans. Il est enveloppé d’une vaste cape avec mantelet d’hermine, il tient un sceptre. La tête du petit garçon est ceinte d’une couronne : il participe à une commémoration de Saint Louis (1)… Quatre-vingts ans plus tard, il porte encore une couronne. Une couronne de théâtre, celle d’un roi shakespearien, celle de Richard III, le rôle de sa vie…

Simplement compliqué, qui date de 1986, est dédié à Minetti, comédien de légende. Pour Georges Wilson, se mettre en scène (avec l’assistance de Phil Sanders) et interpréter ce texte, est une manière de s’interroger sur le sens de sa propre vie qu’il a consacrée tout entière au théâtre. C’est aussi pour lui, une fascinante rencontre avec Thomas Bernhard lui-même, son hypersensibilité, ses interrogations, ses colères. Ce qui lui plaît dans le personnage, il le dit, c’est qu’il est « irréductible » et toujours « debout pour le combat ».

Dans un décor beau et simple de Melissa Ponturo, dans les lumières de Philippe Vialatte, Georges Wilson, grande carcasse tout en os et en malice, ouvre le spectacle en tapant lui-même les trois coups – vous découvrirez comment ! – et donne au texte toutes ses nuances déchirantes, grandioses, cocasses, cyniques, drôles. Il est magnifique. Il connaît son texte. Il le suit musicalement et lui donne une humanité profonde, sans l’acide agressivité que l’on projette trop souvent en disant Thomas Bernhard. Ce qui n’interdit ni sarcasme ni désespérance.

Catherine, neuf ans selon Bernhard, surgit un moment. Elle apporte le lait. Unique partenaire, lumineuse et pure (trois petites filles en alternance). Avec elle, « lui », le vieil acteur, est en confiance. C’est superbe. Du très grand théâtre simple comme l’immense engagement du compagnon de Jean Vilar et de Gérard Philipe, simple comme l’art dramatique porté à son plus haut point de spiritualité, de lucidité, d’humanité.

Nous avions rencontré Georges Wilson alors qu’il répétait cette pièce, en juin 2009. Voici une partie des propos alors recueillis.

Georges Wilson : « Thomas Bernhard, simplement évident ».

Simplement compliqué de Thomas Bernhard est une pièce en trois scènes (1). Personnages : « lui », « un vieil acteur », 82 ans et Catherine, 9 ans. La pièce est dédiée à Minetti.

« Mettre en scène et interpréter Simplement compliqué de Thomas Bernhard est pour moi une manière d’interroger une fois encore le théâtre et le sens que j’ai donné à ma vie en m’y consacrant tout entier. Il y a dans ma rencontre avec l’œuvre de Thomas Bernhard et ce texte en particulier, quelque chose de profondément troublant. En effet, je me retrouve et dans l’écrivain lui-même et dans le personnage qui parle dans Simplement compliqué. Ce que je vais tenter de mettre en scène, d’incarner, c’est ce parallèle entre une vie d’acteur et moi.

Je dirais que je connais, pour l’avoir vécue, enfant, cette précarité financière, émotionnelle, corporelle qui est celle du personnage désigné comme « lui », « vieil acteur » , et qui est celle de Thomas Bernhard. Enfant, j’étais hyper nerveux et tout me bouleversait d’une manière démesurée. La moindre chose, le moindre fait : une fourmi morte et j’étais malade trois jours durant. Et bien cette hyper-sensibilité je la retrouve dans ce qu’écrit Thomas Bernhard et dans ce que dit le personnage.

Mais au-delà de ce sentiment de reconnaissance, jouer Simplement compliqué est une manière de faire entendre la voix du monde et, en ce moment, il me semble que c’est ce dont nous avons tous besoin…depuis trente millions d’années que l’homme est homme, héritier de ce cerveau qui nous fascine tant, la question est : qu’est-ce que l’on fait de ce cerveau, aujourd’hui ?

« Le mot capitulation

jamais prononcé

jamais renoncé

Debout pour le combat »

Que dois-je faire ? Comprendre, apprendre. Lire. Pas de ponctuation ce qui oblige à une recherche sans fin, les sens glissent les uns sur les autres, comment faire comprendre ce que l’acteur comprend au plus intime -ici, le personnage du « vieil acteur » et ce que l’interprète ressent, croit comprendre ? Entrer dans le crâne de celui qui parle et tenter de suivre sa logique, dans un texte traduit de l’Allemand par Michel Nebenzahl. Autant d’étrangetés, de difficultés. On se bat avec l’inconnu. C’est bien préférable aux classiques que l’on monte une fois de plus, une fois encore, sans avoir à se poser trop de questions. Or aller vers ce qui n’a jamais été abordé, vers ce qui nous parle au plus près, est beaucoup plus difficile, mais apporte beaucoup plus aux artistes comme à ceux qui assistent au spectacle…Simplement compliqué, c’est cela même.

Cet homme qui parle sans cesse se dit « Fanatique de l’irréductibilité ». C’est une vérité du personnage, sans doute de Thomas Bernhard également. Il y a là un goût du combat, du non renoncement, du refus des banalités écoeurantes qui me plaît. Je n’oublie pas que je suis de culture protestante et dans ce qui est défendu ici de la dignité humaine, de la vie humaine, je retrouve les fondements de la religion dans laquelle j’ai été élevé.

Lorsque l’on prétend jouer cela en scène, il faut trouver en soi la force…de ne pas faire de théâtre.

Ici, je ne peux m’adresser qu’à moi-même. La présence de la petite Catherine est un leurre. C’est toujours à lui-même qu’il parle. Il se parle. Bien sûr, dans la mise en scène, qui est très simple et obéit strictement aux indications qui naissent du texte lui-même, il y aura Catherine, 9 ans. Deux petites filles en alternance. Il y aura les éléments de décor et les objets indiqués : une porte, une fenêtre, deux fauteuils, une table, un frigidaire. Et un amas de livre.

J’aimerais réussir un spectacle dans le style de Peter Brook. Je me suis inspiré de son travail. Je pourrais dire que je compose une partition musicale, une partition qui ne vient pas par-dessus le texte, mais qui est le temps même, jusque dans les silences qu’il faut déchiffrer.

Aujourd’hui, alors que j’essaie d’expliquer ce que j’imagine, je me dis qu’il me faudrait six mois de travail de plus. Nous sommes en juin 2009; je comprends peu à peu Simplement compliqué,

1. L’Arche éditeur, traduction de Michel Nebenzahl, 10 €

Par Armelle Héliot le 3 février 2010 18h24 | Le Figaro

Πέθανε ο Γαλλοϊρλανδός σκηνοθέτης, Ζορζ Ουιλσόν

  • Υπήρξε μία από τις εμβληματικές μορφές του γαλλικού θεάτρου
  • Σκηνοθέτησε έργα των Μολιέρου, Κορνέιγ και Μπέκετ

Πέθανε σήμερα σε ηλικία 88 ετών ο ηθοποιός και σκηνοθέτης, Ζορζ Ουιλσόν, μία από τις μεγαλύτερες προσωπικότητες του γαλλικού θεάτρου. Γεννημένος το 1921 στα περίχωρα του Παρισιού, ο ιρλανδικής καταγωγής από την πλευρά της μητέρας του Ουιλσόν έχει σκηνοθετήσει, ή ερμηνεύσει τους μεγαλύτερους ρόλους στο γαλλικό θέατρο, μετά τη μαθητεία του στο πλευρό του Ζαν Βιλάρ, εμβληματικού σκηνοθέτη του παρισινού Εθνικού Λαϊκού Θεάτρου (ΤΝΡ) και ιδρυτή του Φεστιβάλ της Αβινιόν. Ο ίδιος ο Ουιλσόν ανέλαβε από το 1963 και έως το 1972 τη διεύθυνση του ΤΝΡ, του οποίου κύρια αποστολή ήταν να κάνει προσβάσιμο το καλό θέατρο στο ευρύ κοινό. Το όνομά του παραμένει συνδεδεμένο με αξεπέραστες παραστάσεις μεγάλων έργων του θεατρικού ρεπερτορίου, όπως το «Σχολείο Γυναικών» του Μολιέρου, τον «Ελ Σιντ» του Κορνέιγ, ή τον «Βασιλιά Ουμπού» του Αλφρέ Ζαρί. Πιο πρόσφατα, στη δεκαετία του ’90, ανέβασε το «Περιμένοντας τον Γκοντό» του Σάμιουελ Μπέκετ, με τους ηθοποιούς, Ρουφίς και Μισέλ Μπουκέ. Ο Ουιλσόν έχει ερμηνεύσει επίσης πλήθος ρόλων στον κινηματογράφο. Η τελευταία του παρουσία στη μεγάλη οθόνη ήταν στην ταινία «Δημόσιος Εχθρός Νο1» το 2008, όπου ερμήνευσε τον ρόλο του επιχειρηματία, Ανρί Λελιέβρ, ο οποίος απήχθη από τον κακοποιό, Ζακ Μεσρέν. Ο γιος του, Λαμπέρ Ουιλσόν,  ακολούθησε τα χνάρια του στην ηθοποιΐα, με σπουδαίους ρόλους στο γαλλικό κινηματογράφο αλλά και στο Χόλιγουντ, υποδυόμενος τον σατανικό «Μεροβίγγειο» στις δύο συνέχειες της τριλογίας «Matrix» των αδελφών Γουατσόφσκι.

L’acteur et metteur en scène Georges Wilson est mort

AFP/- L'acteur et metteur en scène Georges Wilson, le 14 juillet 1975 au festival d'Avignon.

L’acteur et metteur en scène Georges Wilson, disciple de Jean Vilar et père de l’acteur Lambert Wilson, est mort mercredi 3 février à l’âge de 88 ans. Son nom restera associé au Théâtre national populaire (TNP) de Paris, dont il fut un pilier en tant que comédien puis en tant que directeur.

Né le 16 octobre 1921 à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), Georges Wilson, orphelin à 13 ans d’un père pianiste, est d’abord musicien avant de devenir comédien. Son nom, à consonnance anglophone, vient de sa mère, d’origine irlandaise, dont il a décidé de prendre le nom.

Après l’école de la rue Blanche, il débute au théâtre dans la compagnie Grenier-Hussenot (1947-1950). En 1952, il est engagé par Jean Vilar et Gérard Philipe au TNP, où il interprète les grands rôles de la plupart des pièces (L’Ecole des femmes, Mary Tudor, Antigone, Turcaret, Le Cid), campant notamment un inoubliable Ubu. Il prend la suite de Vilar et Philipe à la tête du TNP, qu’il dirige pendant dix ans de 1963 à 1972.

C’était un habitué du Festival d’Avignon, auquel il vouait une affection particulière. Dans cette interview pour FR3 du 22 juillet 1979, l’acteur évoque l’atmosphère d’Avignon et le rapport au public qui en découle :

retrouver ce média sur www.ina.fr

Georges Wilson a également été directeur artistique du Théâtre de l’Œuvre de 1978 à 1995, reprenant En attendant Godot avec Rufus et Michel Bouquet.

A l’écran, le comédien campe l’aumônier du Dialogue des carmélites (1960), le héros clochardisé d’Une aussi longue absence (1960), ou le capitaine Haddock de Tintin et la Toison d’or (1961), avant de tenir des rôles plus secondaires. Dans un entretien, le 18 janvier 1961, l’acteur évoque son rôle dans Une si longue absence d’Henri Colpi et insiste sur la «qualité du scénario», écrit par Marguerite Duras :

retrouver ce média sur www.ina.fr

Chevalier de la Légion d’honneur, il avait reçu un Molière du meilleur comédien dans un second rôle pour La chatte sur un toit brûlant (2001). Pour sa dernière apparition au cinéma, dans L’Ennemi public n°1 en 2008, il a tenu le rôle de l’homme d’affaires Henri Lelièvre kidnappé par Jacques Mesrine.